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Réduire ses franchisés en esclavage en sept leçons (par Florian de Saint-Pol avocat)

09 juillet 2013 Par: adminbysp Catégory: Entreprendre en franchise

Florian de Saint-Pol Avocat droit de la franchiseVous souhaitez basculer du statut d’artisan à celui d’industriel de l’arnaque ? N’hésitez plus, la franchise est faite pour vous.
Si vous voulez être efficace, une seule solution : asservissez vos franchisés. Il ne s’agirait pas non plus qu’ils gagnent cet argent qui vous est destiné. On peut plaisanter, mais pas avec le profit.
Voici quelques conseils qui vous permettront d’amasser un maximum d’argent en un minimum de temps.
 Leçon n°1 : disposez d’un bel appeau à pigeons
Misez tout sur le recrutement et la publicité à destination des candidats à la franchise.
Mettez sur pied une armée de commerciaux, capables de vendre du sable à un Touareg en plein désert.
Au niveau du terrain de chasse, réservez un beau stand au tir aux pigeons -au salon de la franchise pardon -. Vous y croiserez de superbes vols de licenciés de fraîche date cherchant à investir leurs indemnités-chômage.
En ce qui concerne le fusil, choisissez le plus gros calibre. N’oubliez pas que vous êtes un renard dans un poulailler, alors allez-y franchement : rentabilité à deux chiffres, investissement faible, concept révolutionnaire ; plus c’est gros, plus ça passe.
Montez une franchise de services, ça ne coûte rien. Soyez rassurés : vous pourrez quand même marger de façon indécente sur divers produits contractuels (assurances, papier, informatique, trombones, etc…).
Le concept n’a aucune importance, du moment qu’il peut être vendu : le management en entreprise, le recouvrement de créances, la réduction de coûts, le secrétariat en ligne, peu importe, du moment qu’il existe un gogo pour vous l’acheter.
Sur la présentation du concept, mettez le paquet. Utilisez des termes anglo-saxons tels que « sourcing », « pure player », « feed back » ou « cost killer ». On n’y comprend rien, ça fait très chic, puisque si le terme est anglais, c’est qu’il est moderne. Dites que vous avez expérimenté le concept aux Etats-Unis -pardon, aux States- et que toute l’Europe est à conquérir. Faites rêver vos franchisés, ils viennent pour ça !
Dernier point important : si un franchisé vient vous voir, c’est parce qu’il souhaite se reconvertir (souvent après un échec professionnel), et qu’il a besoin d’être rassuré. Sur cet aspect, n’hésitez pas : votre franchise est une grande famille, d’ailleurs l’argent ne vous intéresse pas, ce que vous voulez, c’est l’épanouissement personnel de vos franchisés, bref votre réseau est une entreprise citoyenne (vous pouvez ajouter éco-responsable et fondée sur des valeurs humanistes, c’est toujours bien vu).
Une fois que le franchisé a mordu à l’appât, ferrez-le immédiatement. Il est hors de question qu’il reparte sans avoir signé le contrat.
Remettez-lui le contrat et le DIP (que vous antidatez de 21 jours, pour bien respecter la loi DOUBIN) et en échange il vous remettra le montant du droit d’entrée. Pour presser la signature, dites que vous avez beaucoup de candidats, mais que vous faites une faveur à celui-ci, parce qu’il a beaucoup de points communs avec vous, et qu’il est fait pour la franchise (dites n’importe quoi, flattez-le, ça plaît toujours).
Le petit plus du super-esclavagiste : bien sûr, vous avez noyauté les bons réseaux, et vous faites du matraquage publicitaire dans la presse spécialisée. Mais ne vous arrêtez pas en si bon chemin : offrez-vous des publi-reportages sur TF1. Un journaliste y « interviewera » un franchisé satisfait (le franchisé-vitrine dont on parlera plus bas) qui ne tarira pas d’éloges sur le réseau. Et hop, le tour est joué : une enquête exclusive et objective achèvera de rassurer les candidats les plus tièdes.
 Leçon n°2 : prenez possession du patrimoine de votre franchisé
Une société, c’est bien joli, mais si elle dépose le bilan, vous ne pourrez pas vous faire régler.
Prévoyez donc que Monsieur X, franchisé personne physique, s’oblige solidairement et personnellement avec la société Y au paiement de toutes les obligations résultant du contrat et de ses suites.
Si vous avez la mainmise sur le patrimoine personnel du franchisé, vous disposez sur lui de cet ascendant psychologique qui vous permettra, dès la première incartade, de le presser comme un citron en le menaçant de le dépouiller du fruit du travail de toute une vie, avec souvent un divorce à la clé (un cadeau de la maison).
Le petit plus du super esclavagiste : avant de venir vous voir, le franchisé n’a pas encore rencontré son banquier. Il n’a donc pas aliéné son patrimoine. Prenez des garanties : cautionnement, hypothèque sur sa maison et sa famille sur douze générations, gage de sa grand-mère et du canari, garantie à première demande, etc… Plus vous aurez de garanties efficaces, plus le franchisé sera ligoté. Laissez au banquier le nantissement sur le fonds de commerce de la société franchisée : le fonds ne vaut pas un clou, et les sous du banquier sont mieux dans votre poche que dans la sienne.
Leçon n°3 : gestion de réseau : soyez psychologue
Votre réseau est une secte dont vous êtes le gourou.
Organisez de beaux séminaires, lesquels vous permettront de prétendre en cas de problème que l’animation du réseau existe bel et bien. Profitez-en pour jeter l’opprobre sur les mauvais franchisés, et pour mettre vos chouchous en avant.
Infantilisez vos franchisés : mettez en place des concours du meilleur franchisé (gag), créez des groupes de réflexion sur la vie de la franchise, divisez le réseau en équipes aux noms évoquant la chaleur des feux de camps scouts de votre enfance : castors frétillants, taureaux audacieux, oursons fripons, etc…
Créez un magazine du réseau (mêmes effets devant un tribunal que les séminaires). Publiez des articles dans lesquels vous stigmatisez les mauvais franchisés, et félicitez les délateurs.
Vos franchisés sont des moutons : si l’un d’eux commence à bêler un peu trop fort, égorgez-le, ça fera un exemple pour les autres. S’il se montre vraiment trop vindicatif, achetez-le, retournez-le comme une crêpe, faites-en une taupe, et offrez-lui cette franchise vitrine qui vous permettra de recruter des franchisés par dizaines. Attention : le franchisé-Judas doit bien passer à la télévision. C’est lui qui sera interviewé sans concession par un journaliste objectif de TF1, environ deux fois par an (juste après l’été et un peu avant le salon de la franchise).
Le petit plus du super esclavagiste : si vous êtes vraiment vicieux, créez des commissions aux noms aussi ronflants qu’elles seront dépourvues de pouvoirs, comme la Haute Autorité des Franchisés ou la Haute Commission aux Questions Economiques et Stratégiques. La chose offre plusieurs avantages dont 1) donner un hochet aux franchisés en leur faisant croire qu’ils disposent d’une parcelle de votre précieux pouvoir 2) les mettre en confiance et les amener à se découvrir pour mieux les écraser 3) les contraindre par des voies détournées à signer eux-mêmes leur arrêt de mort (décision « concertée » d’augmentation des redevances par exemple) 4) convaincre un tribunal éventuellement saisi que vous êtes un gentil franchiseur démocrate.
Leçon n°4 : maillage territorial. Découpez les zones en confettis

 

Votre concept ne vaut pas un kopek, c’est entendu. Vous pourriez diviser le territoire en deux zones seulement que ça ne marcherait pas. Alors pourquoi vous priver ? Dites qu’il y a largement la place pour 300 franchisés, et qu’à terme, votre objectif est d’ouvrir 500 unités. Un territoire vendu = un droit d’entrée encaissé.
Ce maillage territorial serré vous permettra en plus de vendre vos zones beaucoup plus cher, puisque vous commercialiserez avec succès des « master-territoires » (soit deux pâtés de maisons environ au lieu d’un) à un prix trois fois plus élevé qu’un territoire normal. Et vos candidats en redemanderont, vous verrez.
Surtout, prenez bien soin de ruiner vos franchisés au plus vite (normalement, vous n’aurez pas trop d’efforts à fournir). Un franchisé qui s’en va, c’est un nouveau territoire à vendre. Si vous êtes chanceux, vous pourrez même céder au prix fort le « fonds de commerce » de l’ancien franchisé au nouvel entrant.
Le petit plus du super-esclavagiste : dans votre contrat, prévoyez un territoire exclusif microscopique et une vaste « zone de tolérance », que vous vous ménagerez bien sûr la possibilité de céder au plus offrant. Un franchisé vous ennuie ? Qu’à cela ne tienne, menacez d’implanter dix autres unités sur sa zone de tolérance (soit en face de son point de vente). Non seulement votre franchisé ne vous ennuiera plus, mais il s’endettera un peu plus pour vous acheter au prix fort la zone qu’il a déjà payée une première fois, afin d’éviter la ruine immédiate. Etonnant non ?
 Leçon n°6 : de l’argent, de l’argent, encore de l’argent !!!
Vous êtes pour l’instant le seul à savoir que votre franchisé parviendra peut-être, grâce à votre précieux concept, à réaliser un chiffre d’affaires annuel de 500 € TTC. Prévoyez donc une redevance fixe de 500 € HT/mois (et mettons 250 € HT/mois pour la redevance communication).
Lors de la signature du contrat, vous avez expliqué au franchisé qu’une redevance fixe est très avantageuse pour lui, puisqu’au-delà d’un certain chiffre d’affaires, la franchise sera gratuite !!! Ce système vous permet donc d’appâter le candidat et de récolter des redevances confortables là où vous n’en auriez jamais perçu en adoptant la redevance proportionnelle.
A côté des redevances de franchise, dont vous vanterez la modicité, prévoyez tout un tas de petits coûts annexes : système informatique, assurances (oui, vous avez conclu un contrat groupe avec un assureur que vous imposez à l’ensemble des franchisés, ce qui vous assure de juteux profits puisque vous surfacturez gaiement), fournisseurs référencés (sur ce plan, aucune autre limite que celle de votre imagination débordante), etc…
Si vous vous débrouillez bien, ces coûts annexes vous rapporteront plus d’argent que les redevances.
Si vous êtes dans un réseau de vente de biens, faites tout pour couler le franchisé : imposez-lui ses prix de revente de manière détournée, ce qui vous permettra de vous assurer qu’il ne réalise aucune marge, forcez-le à ouvrir à des heures indues (ah mais oui, ça fait partie du concept d’ouvrir le dimanche à 3 heures du matin ; il devra payer des salariés à prix d’or), obligez-le à remettre son point de vente au concept tous les six mois (eh oui, vous devez refaire tout l’aménagement intérieur, le concept évolue).
Le petit plus du super esclavagiste : vous craignez qu’un franchisé ne soit réglé d’une prestation et qu’ainsi, des sous vous échappent ? Après tout, c’est possible, tout arrive de nos jours, et vous n’êtes pas à l’abri qu’un franchisé vende quelque chose. Comment mettre un terme à cette situation intolérable ? Rien de plus simple. Prévoyez dans le contrat de franchise que le franchisé vous mandate pour percevoir le règlement du client, que vous lui reverserez déduction faite des sommes que vous doit le franchisé. Le bougre n’est pas près de voir son premier centime de chiffre d’affaires !
 Leçon n°7 : des conflits dans mon réseau ? Jamais !!!
Un conflit, c’est une mauvaise publicité. Il se pourrait que, sur les centaines de personnes que vous allez ruiner, l’une d’elles vous en veuille. En ces temps d’individualisme acharné, les gens sont d’une telle ingratitude que le cas pourrait se présenter.
Vous éliminez déjà 90% du contentieux d’office, puisque vous avez tellement essoré les franchisés qu’ils n’ont plus un sou vaillant pour acheter un kilo de patates. Alors pour ce qui est de payer un avocat, vous êtes tranquille.
Reste à solder le cas des 10% restants. Le franchisé est commerçant, profitez-en !! Vous pouvez lui imposer tout un tas de clauses de conciliation préalable ou de médiation farfelue.
Si le franchisé a le mauvais goût de saisir le tribunal de commerce sans passer par la case conciliation, sa procédure est irrecevable. Sisi.
Prévoyez un long délai incompressible avant lequel le franchisé ne pourra saisir valablement un tribunal. Mettez ce délai à profit pour inciter le banquier du franchisé à entamer une procédure à son encontre.
Mais foin de ces tribunaux dans lesquels un journaliste pourrait pointer le bout de son nez. Prévoyez que seul un tribunal arbitral sera compétent, ledit tribunal siégeant bien sûr à Washington ou à Londres, là où les honoraires des arbitres sont tellement indécents qu’aucun franchisé ne pourra se les payer.
Normalement, vous avez éliminé tout risque de contentieux. Si un franchisé un peu las de toutes ces procédures compliquées décidait d’informer la presse, lâchez les chiens : injure, diffamation, préjudice colossal causé à cet honorable réseau qu’est le vôtre, saisine du tribunal correctionnel et tout le tremblement.
Le petit plus du super esclavagiste : malgré ce dispositif, vous craignez de ne pas être totalement à l’abri ? Dans le contrat de franchise, prévoyez que le franchisé ne pourra saisir le tribunal arbitral sans avoir au préalable consigné le montant des sommes qui vous sont dues au titre des indemnités de rupture contractuelle (sommes équivalentes au budget annuel de la France).Décidément, vous êtes paranoïaque. Malgré ces précieux conseils, vous craignez encore d’être poursuivi en justice. Heureusement qu’elle ne court pas vite. Mais admettons. Vous aurez caché vos sous dans un paradis fiscal quelconque. D’ailleurs, votre société est domiciliée dans ledit paradis, ce qui risque de compliquer la tâche des franchisés… Au pire, si votre société est condamnée, liquidez-la. Le lendemain, créez-en une autre, qui commercialisera le même concept sous un autre nom, et ainsi de suite. Vous êtes tranquille, il n’y a pas de liste noire des réseaux de franchise en France.
Bien que ces recommandations soient destinées aux seuls franchiseurs, il se pourrait qu’un ou deux franchisés en prennent connaissance. S’ils reconnaissent leur réseau dans ces lignes, il serait peut-être temps qu’ils se demandent s’ils n’auraient pas été très légèrement abusés…
Vous pouvez retrouver mes publications sur le forum du site  www.desaintpol-avocat.fr

12 Commentaires pour “Réduire ses franchisés en esclavage en sept leçons (par Florian de Saint-Pol avocat)”


  1. Bonjour

    Quelles vérités !
    Si j’avais pu lire tout ceci avant d’y mettre le pied !
    Je l’aurais fait quand même , puisque les 7 leçons se sont appliquées .
    Mais le retour de bâton se rapproche….

    PS : je ne suis pas franchiseur…. 🙂

    1
    • autre POINT D’ENCRE

      Quel réalisme!

      Vous avez pris comme référence mon franchiseur? Quel cynisme mais qui est malheureusement vrai.

      Le retour de bâton se rapproche à grands pas…

      PS : je suis un autre franchisé…

      2
    • Ayant vu comment ce réseau fonctionne de l’intérieur.
      Cette franchise est un bric à brac impressionnant est n’a rien de sérieuse.
      Tout cet article reflète exactement l’appannage de ce réseau.
      A éviter et à déconseiller de toute urgence.

      as_falte@hotmail.com

      3
  2. Autre autre point d’encre

    Vous avez dût nous prendre pour exemple pour faire votre article.

    C’est pas possible autrement.

    Tout ce qu’on a vécu est là.

    Le retour de bâton est pour bientôt

    4
  3. Ayant vu comment ce réseau fonctionne de l’intérieur.
    Cet article reflète exactement l’appanage du réseau Point d’Encre.
    A déconseiller de toute urgence.

    as_falte@hotmail.com

    9
  4. bonjour,monsieur E .C de point d’encre m,a demander 9 000€ qui était mon apport perso en plus du reste un apport perso n,est pas pour lui
    peut on porter plainte contre lui
    cordialement

    10
    • Bonjour
      pouvez vous m’envoyer plus d’éléments sur les pb rencontrés avec point d’encre car j’étudie l’ouverture d’une boutique et je n’ai pas envie de ma faire avoir.
      Il y a plein de franchisés qui ont réussi dans ce réseau alors que penser….

      11
  5. ancien franchisé pointdencre

    Attention, la franchise pointdencre est une arnaque a grande échelle… Mefiez-vous du fondateur de l’enseigne,
    rien ne l’arrête. Il est capable de tout… Ne lui faites jamais confiance… Vous allez tout perdre. Il a même réussi à faire couler le distributeur d’encre OCP exclusif pour la France
    en laissant une énorme ardoise… la moitié des magasins ont fermé, les 3/4 sont en grande difficultés… Vérifier mes dires sur infogreffes. Il a détruit des vies entières… Des gens ont tout perdu… Il y’a un procès en cassation contre l’enseigne… Il a encaissé des chèques d’acompte de 9000 € à plusieurs futurs franchisés sans jamais ouvrir de magasin, il n’ont jamais été remboursé… Il n’a pas peur de la justice… Aucun huissier n’ a réussi à ce jour a récupérer le moindre centime… Si après ça, vous voulez toujours ouvrir un pointdencre lancez-vous ! je vous aie prévenu… le fondateur possède un énorme patrimoine, il est intouchable même le trésor public est impuissant devant lui… Ne lui confiez pas vos économies…

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Répondre à christian bouard


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